La crise du pétrole entretient la volatilité des marchés

Paris, le 29 janvier 2016. En dépit des arguments macroéconomiques selon lesquels un pétrole bas devrait se traduire par une plus forte croissance en Europe, on observe depuis peu une corrélation positive des actions européennes avec le prix du pétrole, tous deux en forte baisse. Les mouvements de panique sur les marchés suscités par la baisse récente des prix du pétrole en dessous du seuil des 30$ courant janvier en est une preuve supplémentaire. Le pétrole peut-il rebondir ? Quels sont les canaux de transmission de la crise du pétrole sur les actifs financiers et quels supports d’investissement sélectionner en cette période agitée ?

Plusieurs arguments militent pour un prix du pétrole durablement bas : en premier lieu la stratégie commerciale de maintien de parts de marchés de l’Arabie Saoudite, qui élimine ainsi ses concurrents, moins rentables, et notamment les producteurs de gaz de schiste américains. Cette stratégie s’inscrit obligatoirement dans la durée, avec des effets cependant contrebalancés par la baisse constante des coûts de production du gaz de schiste. Autres facteurs de baisse, les tensions entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui empêchent un accord sur les seuils de production, tandis que le retour de l’Iran sur le marché, suite à la levée des sanctions, augmente encore l’offre.

Ainsi, les écarts entre l’offre et la demande devraient perdurer en 2016. Les anticipations portent sur un excédent de 1,5 million de barils/jour au titre des six premiers mois de l’année. Or la faible élasticité de la demande de pétrole au prix constitue une menace en cas de choc d’offre : par exemple en 2015, l’offre excédentaire de 800.000 barils/jour par rapport à la demande s’est traduite par un décrochage de 50% des cours du pétrole. Mais cette faible élasticité peut également constituer un facteur de soutien des cours : un faible ajustement de l’offre suffit à faire basculer le prix du pétrole de nouveau à la hausse. Or, bien qu’à l’origine de ce mouvement baissier, l’Arabie Saoudite devrait chercher à le limiter au niveau nécessaire à l’assèchement des projets concurrents, que l’on peut estimer autour de 30 dollars le baril.

Les économies du Moyen Orient sont en effet les premières affectées, et notamment l’Arabie Saoudite, du fait de son large déficit fiscal, budgété à 11% du PIB en 2016. Selon le FMI, les états du Golfe atteindraient en 2015 un déficit combiné de 145 milliards $, alors que leurs projections s’établissaient à 100 milliards de surplus. De ce fait, les fonds souverains pourraient être amenés à céder 950 milliards$ d’actifs entre 2016 et 2020. Les autres pays producteurs, notamment la Russie et le Venezuela sont également très exposés. Parmi les autres canaux de transmission de la crise du pétrole, citons les obligations à hauts rendements américaines, dont l’exposition au secteur de l’énergie est estimée à plus de 10%, les sociétés de service et d’équipement du secteur pétrolier, impactées par l’ajournement des nouveaux projets, et les banques américaines au travers de leurs prêts au secteur de l’énergie. Ces dernières ont déjà communiqué les montants provisionnés pour faire face à ce risque, qui se chiffrent à plusieurs milliards de dollars, cependant sans commune mesure avec l’impact de la crise des « subprimes » dont le chiffrage s’effectuait en centaines de milliards de dollars. Cette exposition au secteur pétrolier, relativement limitée, minimise le risque d’une secousse systémique.

Ces mécanismes de ventes d’actifs, de faillites et de provisions continueront d’alimenter une volatilité élevée des actifs risqués et de dégonfler les bulles générées par les politiques monétaires accommodantes de ces dernières années, notamment sur les marchés du crédit, sur les actions américaines et sur les émergents.  Les placements sur ces marchés devront donc être très sélectifs, en évitant les pays producteurs et les valeurs du secteur de l’énergie, particulièrement les exploitations de gaz de schiste aux Etats Unis ou de pétrole bitumineux au Canada, ainsi que les sociétés de service qui gravitent autour du lancement de nouveaux projets pétroliers.

Les obligations souveraines de la zone euro, quant à elles, soutenues par les perspectives d’augmentation du QE, continueront à jouer un rôle de refuge malgré leur faible niveau de rendement. Il conviendra néanmoins de rester attentif aux risques de retournement, qui pourrait s’avérer violent. Un pétrole bas mais plus stable se traduira inévitablement par une augmentation mécanique des marges des entreprises consommatrices. Répercutées soit dans de nouveaux investissements, soit en distribution de dividendes, elles ne manqueront pas de redonner de l’oxygène aux indices boursiers, et dans cette optique, les actions européennes sont particulièrement bien placées, pour les investisseurs capables de supporter un peu de volatilité.

Dahlia Marteau, responsable stratégies optionnelles et volatilité


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